PREFACE. A priori il s’agirait semble-t-il d’une reconstruction de ma maison pendant mon enfance : les cellules des carmélites se prêtent bien à ressembler aux pièces de chez moi et à d’autres lieux qui me sont familiers. À moins qu’il ne s’agisse d’une autre reconstruction, celle de mon enfance ; une enfance que moi-même j’avais oublié, engloutie dans un passé dont j’ai perdu les traces. Depuis que j’ai quitté la maison de mes parents en Sicile, il y a 17 ans, tout objet qui m’appartenait là-bas a disparu. J’ai posé récemment la questions à ma mère : « où sont mes affaires ? », mais elle ne sait plus. Du coup mon besoin est fort de m’approprier des objets du musée pour faire revivre des fragments perdus de moi. À bien voir les 100 cartels que j’ai réalisé, il me semble lire un journal intime fragmenté en 100 morceaux qui, sous prétexte d’un certain objet, donne un détail parfois futile de mon vécu, la recherche proustienne d’une alliance avec moi-même et simultanément avec le spectateur : dans la plupart des cartels, les phrases commencent par « je », pronom qui peut faire référence à celui qui lit.
Il s’agit de confidences, à la manière du Saint Augustin, des Confessions : « Voir clair en moi. Je n’ai pas peur de la vérité. Mais ce que j’arrive à comprendre de moi-même me semble bien insuffisant. Il me restera toujours au fond de l’esprit quelque chose d’impénétrable et de mystérieux : comment toucher le fond de mon être ? C’est impossible. Le fond de ma misère, comme aussi bien le fond de ma noblesse d’ailleurs. Même dans mes faiblesses, cachée en elles, demeure cette tension vers l’absolu... »





































































































